vendredi 16 février 2018

La patience du baobab, Adrienne Yabouza

Adrienne Yabouza est originaire de la République centrafricaine. Lorsque la guerre s'y déclare en 2013, elle se réfugie au Congo puis obtient l'asile politique en France. Un parcours qui présente quelques similitudes avec celui d'Aïssatou, la protagoniste de son dernier roman, La patience du baobab...


Libres pensées...

Aïssatou vit en Centrafrique avec sa famille. Un jour, son amie Ambroisine lui apprend qu’elle va épouser un Français, qui va venir la marier à Bangui et l’emmener avec lui en France. Aïssatou organise le mariage de son amie en enviant sa chance, et fait à son tour la connaissance de Rémi, un ami du marié qui s’éprend d’elle et lui promet de l’épouser et de la faire venir chez lui, en Bourgogne. Rémi tient sa promesse, revient et épouse Aïssatou, avant de rentrer en France en attendant qu’elle le rejoigne. Mais Aïssatou est contrainte de fuir la Centrafrique et de se réfugier avec sa famille dans un pays voisin, avec l’argent envoyé par Rémi. Commence pour elle un long parcours du combattant pour obtenir les papiers nécessaires à son départ.

La patience du baobab aborde un thème actuel avec simplicité et franchise.
Le récit suit les difficultés rencontrées par Aïssatou pour partir en France, si bien que l’on a le sentiment de s’enliser avec elle face aux lenteurs administratives. Le lecteur peut alors s’essouffler et se détacher du récit. Paradoxalement, certaines parties semblent un peu « expédiées » et auraient mérité d’être plus développées.

Cependant, la proximité avec Aïssatou est immédiate. J'ai regretté pourtant que l’intégralité du récit soit tributaire de sa personnalité et de la sympathie que le lecteur éprouve pour elle : la famille et les amis d’Aïssatou, Ambroisine incluse, sont de lointaines figures, et même Rémi donne l’impression de faire office de figurant. 

En outre, la langue peut par moment être rédhibitoire, bien que l'on puisse apprécier son oralité, et j’ai regretté que le récit accorde une grande importance aux obstacles administratifs rencontrés par Aïssatou plutôt qu’à la dimension « sociologique » du récit : les conditions de vie que Aïssatou quitte, et ce qui la fait entrevoir une vie en France auprès d’un époux vivant d’une situation « modeste » comme une chance. Aïssatou est fixée sur un objectif, quitter l’Afrique, mais l’on ne sait guère ce qui l’a conduite là, si ce n’est ce que l’on peut se représenter soi-même. 

Le thème abordé est donc très intéressant, mais il est traité sous un angle qui diminue selon moi l’impact sur le lecteur. Il aurait été pertinent de développer les raisons pour lesquelles Aïssatou s’attache à Rémi, la mesure dans laquelle il représente pour elle un futur désirable, et, à l’inverse, ce qui pousse Rémi vers Aïssatou (le coup de foudre soudain immédiatement suivi de la demande en mariage laisse perplexe), ou encore les conditions de vie d’Aïssatou et de sa famille en tant qu’exilés, qui ne sont qu’effleurées. 

L'auteur mérite toutefois d'être lue, et je serais curieuse de m'aventurer davantage dans son oeuvre !

Pour vous si...
  • Vous ignoriez jusque-là qu'il s'était passé quoi que ce soit à Bangui (d'ailleurs, vous seriez bien embêté de devoir indiquer la République centrafricaine sur une carte du monde - par chance, il n'est jamais trop tard pour apprendre).
  • Vous cherchez un roman à offrir à votre oncle Michel, persuadé qu'on entre en France comme dans un moulin et que c'est un scandale (variante : au lieu de lui offrir un livre, vous pourriez simplement offrir un aller simple pour la République centrafricaine ou encore le Soudan du sud).
Morceaux choisis

"C'est comme ça, les mères sont inquiètes, elles savent que c'est bien pour leurs filles de se marier, mais elles pensent aussi que tous les maris sont des voleurs, des profiteurs, des malfaiteurs, des bouba zo, comme dit si bien la langue sango."

"Elle savait comme moi que presque toutes les filles de notre quartier, ici à Brazza comme à Bangui, auraient choisi d'être blanches si un génie leur avait adressé la parole et offert de choisir. Blanche c'est pas "mieux", c'est pas "pire" non plus, mais c'est plus facile dans le monde.
La preuve de ça, c'est que si tu demandes à un Blanc ou une Blanche de choisir, il ou elle répond toujours que c'est mieux de laisser les choses comme elles sont : "Je suis blanche, tu es noire, restons-en là." Facile à dire...
Choisir une femme noire ! Il était fou ou quoi, ce moundjou-là ?"


Note finale
3/5
(cool)

jeudi 15 février 2018

Vivre vieux et gros, les clefs du succès, Leslie et Michel Plée

Petite pause BD, je vous livre avec Michel les secrets de la vie éternelle, ou presque.

Qui serait assez bête pour résister à une telle invitation ?

Libres pensées...

Michel est un chat. Et comme, en prime, il est sympa, il nous a concocté un petit guide de tout ce qu'il faut faire pour survivre dans un environnement hostile, auprès d'êtres un tantinet diminués dont il dépend hélas (ie, les humains), et surtout, parvenir à manger en quasi-permanence.

En suivant le guide, vous apprendrez donc tout plein d'astuces utiles, sur la façon d'entretenir des relations de domination cordiale avec votre humain, sans jamais aller trop loin cependant, parce que cela vous serait néfaste, sur la façon dont vous pouvez vous empiffrer à volonté si tant est que vous y mettiez du vôtre, à savoir, que vous mettiez votre dignité de côté, et sur tout un tas d'autres choses du quotidien.

Bref, c'est LE guide pour tous ceux qui veulent masteriser leur vie, être les badass du quotidien, s'épanouir harmonieusement en entretenant toujours plus de gras et de caresses.

A ne pas manquer ! 

Pour vous si...
  • Vous avez un minimum de bon sens et savez ce qui compte vraiment, dans la vie.

Morceaux choisis



Note finale
4/5
(excellent)

mardi 13 février 2018

L'obscure clarté de l'air, David Vann

Vous connaissez mon amour irraisonné pour David Vann, cet écrivain américain chantre de la relation de l'homme à la nature, de la bestialité humaine dissimulée, auquel on doit  le chef d'oeuvre Sukkwan Island, ou encore Goat Mountain et, plus récemment, Aquarium. L'obscure clarté de l'air est son dernier petit. 


Libres pensées...

Pour Jason, Médée a tué son frère et l'a dépecé, lançant à la figure de son père des morceaux de son corps, sa propre chair trahie. Elle invoque Hécate, défie les dieux, est redoutée de tous, y compris de son mari, tour à tour magicienne et esclave, celle qui punit, qui trahit, qui est méprisée et reniée, celle qui aime Jason et lui sacrifie tout, jusqu'à ce qu'il se détourne d'elle, en épouse une autre, entreprenne de lui voler leurs enfants. Alors, alors, Médée commet l'irréparable.

David Vann repousse encore les limites du dicible. Il nous terrassait avec Sukkwan Island, nous écoeurait avec Impurs, se jouant des interdits, des tabous, nous donnant à voir ce que les sociétés occidentales ont circonscrit à l'ombre, décrivant l'inacceptable, nous interrogeant sur la moralité, sur le bien et le mal, surtout sur le mal.

Avec L'obscure clarté de l'air, il se saisit d'un mythe odieux, l'histoire de Médée assassinant ses enfants, l'acte symbolique et physique le plus extrême, supposé le plus contre-nature provenant d'une mère, s'attaquant aux fondements de la société, aux conditions mêmes de sa pérennité. Médée est sans doute, de toute la mythologie, l'une des figures les plus honnies, les plus dérangeantes, plus encore que Phèdre.
Etant donné le goût de Vann pour les tabous, il n'est donc, d'une certaine manière, pas étonnant de le retrouver ici.

Son écriture change encore ; elle s'était faite plus accessible dans Aquarium, elle est ici acérée, pointue, elle nous fait violence tout autant que les actes de Médée. Et pourtant, elle resplendit également, donne au mythe l'étoffe qu'il mérite, un écrin à sa mesure.

Sous la plume de Vann, Médée n'est pas la femme cruelle et sans coeur que l'on aurait pu croire. Amoureuse, libre, révoltée, païenne, oui. Elle va jusqu'à dire qu'il n'est pas de dieux, elle qui a pourtant gagné les faveurs d'Hécate, elle remet en cause la fatalité divine, elle crée la possibilité du libre-arbitre. Face à la tragédie, Médée trahit son humanité, et lui donne un autre visage, car elle lui confère soudain la liberté.

On peut, bien sûr, s'arrêter à cette aridité, cette charge violente qui se dégagent de ces pages, mais ce serait passer à côté d'une interprétation puissante et audacieuse, porteuse de vérité et de sens.

Pour vous si...
  • Vous n'êtes pas fan des versions polissées des mythes antiques, et aimez quand ça heurte.
  • Vous trouvez qu'on ne rend pas assez justice à Médée. 

Morceaux choisis

"Un nouveau monde, ou une ouverture dans l'ancien.
Elle ne trouve plus les constellations, ces formes familières.
En regardant les étoiles en contrebas, elle découvrira peut-être un nouveau dieu, tout comme les premiers dieux furent découverts en observant le ciel. Un dieu est tout ce qui demeure inatteignable."

"Quel mythe résiste, lorsqu'on est agenouillée dans la dépouille dépecée de son frère ? Qu'on lui a tranché la gorge soi-même ? Quelle histoire peut bien nous guider si l'on est capable de tout trahir ?"

Note finale
4/5
(très bon, mais un poil traumatisant)

lundi 12 février 2018

Appelle-moi par ton nom, André Aciman

Appelle-moi par ton nom est le premier roman de l'écrivain américain d'origine égyptienne André Aciman, paru en 2007 et traduit en français en 2008. L'adaptation cinématographique a remis le roman sur le devant de la scène...


Libres pensées...

Elio a 17 ans, il vit avec ses parents sur la côte italienne. L’été, ils accueillent des écrivains en quête d’un havre pour écrire. Cet été-là, il voit débarquer Oliver, jeune universitaire américain de 24 ans, dont il tombe sous le charme. Incertain lui-même de comprendre le désir qu’il éprouve, il cherche et fuit Oliver tour à tour, dont il peine à décrypter le comportement à son égard. Il trouve auprès de son père un regard plein de sagesse et de bienveillance.

Appelle-moi par ton nom est un roman d'une intense sensualité : le récit se développe autour des sensations d'Elio, entremêlées de pensées qui reflètent la confusion de ses sentiments adolescents, là où ce qu'il ressent physiquement est très clair. Elio est en effet en proie aux affres adolescentes des premières amours, qui le tourmentent vivement.

La première partie du roman est à ce titre éblouissante, car le lecteur est immédiatement plongé dans le cadre édénique du bord de mer italien en plein été, propice à la paresse et au foisonnement des sens.

Cependant, la progression peut paraître lente au lecteur, qui entrevoit dès les premières pages le cœur du sujet et ce vers quoi tend Elio. L’auteur joue sur la tension qu’il fait naître, qui se développe, et la confusion qui l’entoure, mais peut parfois perdre le lecteur en route. 

Le personnage d’Elio, le protagoniste, inspire l’empathie, de par les doutes qui l’habitent et son authenticité.
Face à lui, Oliver est plus difficile à cerner, certainement parce qu’il est vu à travers les yeux d’Elio; il intrigue, intéresse.
Autour de ces deux protagonistes, on apprécie le comportement bienveillant du père d’Elio, qui constitue une présence apaisante dans le récit. Les femmes, en revanche, sont très peu présentes, et constituent principalement un obstacle entre Elio et Oliver.

Je me suis plu auprès d'Elio et de sa famille, au coeur de ce petit village italien en plein été, et j'ai apprécié la richesse du roman qui aborde, au travers de la romance d'Elio, de nombreux sujets : l’écart d’âge (même s’il n’est que de 7 ans, Elio est encore adolescent), l’homosexualité, la judéité (l’auteur insistant sur ce point à certains moments, soulignant qu’il s’agit pour Elio d’un attrait d’Oliver), et, en creux, la relation entre Elio et son père, faite de confiance et d’ouverture.

A l'issue de la lecture, le cadre enchanteur me manque déjà, au point de me prendre à vouloir voir l'adaptation cinématographique, en espérant qu'elle soit à la hauteur...

Pour vous si...
  • Vous n'entendez rien aux étiquettes sexuelles que l'on se colle les uns aux autres (pas littéralement).
  • Vous êtes prêt à ne plus jamais voir les pêches de la même manière...

Morceaux choisis

"Immobile, serrant dans ses bras ses genoux repliés, il écoutait le clapotis des vaguelettes contre les rochers au-dessous de lui. Le regardant maintenant de la balustrade, je ressentis quelque chose de si tendre pour lui que cela me rappela avec quelle ardeur j'avais pédalé jusqu'à B. pour le rattraper avant même qu'il ne fût entré dans le bureau de poste. C'était la meilleure personne que j'eusse jamais connue. Je l'avais bien choisi."

"Pendant des semaines j'avais cru voir dans ce regard une impudente hostilité. J'étais loin de la vérité. C'était simplement la façon dont un homme timide soutient le regard de quelqu'un d'autre.
Nous étions, je commençais enfin à le comprendre, les deux êtres les plus timides au monde."

"S'il y a du chagrin, chéris-le, et s'il y a une flamme, ne l'éteins pas, ne sois pas brutal avec elle... Le manque peut être une chose terrible quand il nous tient éveillé la nuit, et voir les autres nous oublier plus vite qu'on ne voudrait être oublié n'est pas mieux... Nous arrachons tant de nous-mêmes pour guérir plus vite qu'il ne le faut, qu'à trente ans nous sommes démunis et avons moins à offrir chaque fois que nous commençons avec quelqu'un de nouveau. Mais ne rien ressentir pour ne rien ressentir - quel gâchis !"

"Des taches de vieillesse. Elles me brisaient le coeur, et j'aurais voulu enlever d'un baiser chacune d'elles."

Note finale
3/5
(cool)

vendredi 9 février 2018

L'enfant perdue, Elena Ferrante

Un an déjà que je refermais la page du troisième opus de la saga affolante d'Elena Ferrante, et voici déjà le temps de la fin, de la conclusion, le dernier tome de l'amie prodigieuse


Libres pensées...

Nous avions quitté Elena et Nino convolant avec une légèreté toute adultérine, nous les retrouvons amoureux, mais confrontés aussi à la triste réalité : Elena est taxée de mauvaise mère, rejetée par sa propre mère qui condamne fermement son départ du foyer conjugal, et même Lila ne se prive pas de lui dire qu'elle fait "une belle connerie". Elena se sépare officiellement de Pietro, ses filles restent plusieurs mois chez leurs grands-parents, le temps pour Elena de mettre de l'ordre dans sa vie. Elle décide finalement de revenir vivre à Naples, où elle tombe enceinte en même temps que Lila.
Lorsque sa relation avec Nino se détériore, elle se rapproche de son amie, et elles donnent naissance à quelques semaines d'intervalle à deux petites filles, Imma et Tina, qui grandissent près l'une de l'autre, puisque Elena emménage bientôt dans le même immeuble que Lila, à l'étage supérieur.

Difficile de décider quoi dire du synopsis, pour ne rien vous en gâcher, et toutefois restituer les grands pans de l'intrigue...

Les vies d'adulte de Lina et Lila les mènent là où elles n'auraient jamais cru se retrouver. Pour la première, à Naples, en écrivain à succès mais mère divorcée, souffrant de l'éloignement et du ressentiment de ses filles, et pour la seconde, en mère éplorée lorsqu'un drame la touche qui détruit tout ce que l'on connaissait d'elle.

La moindre des choses à dire, c'est que l'on ne s'attendait pas à de tels développements. Certains passages sont douloureux, laborieux, et l'on retrouve ici la plus grande qualité de la plume d'Elena Ferrante : elle imite la vie avec une puissance inouïe. Lina et Lila avancent à l'aveugle, rien n'est garanti, rien n'est acquis, et leur vision des choses est sans cesse modelée par les événements qu'elles traversent, qui les affectent.
Ainsi, la relation entre Elena et Nino se révèle toxique, là où l'on s'attendait à voir se concrétiser un amour de jeunesse tendre. Nino dévoile un visage inquiétant, détestable, et cela n'est cependant pas incompatible avec ce que l'on savait de lui : il s'agit de réinterpréter le passé au travers d'un prisme nouveau.

Lina évolue, et avec le temps, on apprend à déceler chez elle certains mouvements d'humeur, certaines pensées noires mesquines qui l'accaparent dès lors que Lila entre dans le tableau : elle craint sans cesse la supériorité de Lila, une rivalité jamais dépassée, alors que Lila ne semble pas même vouloir jouer. C'est cette Lina que l'on devine, lors de l'entrevue réunissant les trois protagonistes, Lina, Lila et Nino, en début de roman, une Lina maladivement jalouse, qui ne peut se réjouir de retrouver son amie, et craint d'entrée de jeu de paraître moins à son avantage que Lila, et que Nino ne se rappelle la passion jadis éprouvée pour Lila.

La dernière partie de l'intrigue désarçonne : Lila n'est plus elle-même, et l'on comprend pourquoi, tandis que Lina suit le cours de sa vie et devient une femme âgée obsédée par cette amitié qui l'a suivie depuis son enfance, et dont elle s'est éloignée, laissant Lila disparaître dans la nature, s'interrogeant sur ce qu'il reste d'elles deux.

Difficile, de terminer une telle saga. Je vous mentirais si je vous disais que je n'étais pas restée sur ma faim, que les dernières pages ne m'avaient pas laissé un sentiment d'inachevé. Quelle tristesse, de voir cette amitié complexe, teintée de mille couleurs et d'autant de sentiments paradoxaux, se diluer ainsi, prendre un visage qu'on ne lui connaissait pas... Une pointe de déception, une pointe d'amertume.
Ce qui est sûr, c'est qu'Elena Ferrante parvient, une fois de plus, à ne pas nous laisser de marbre. Un point final différent de ce que j'espérais, mais il n'est jamais facile de dire au revoir à un roman, n'est-ce pas ?

Pour vous si...
  • Vous voulez connaître le fin mot de l'histoire. 
Morceaux choisis

"Une fois, je tentai de le démasquer devant tout le monde, avec une ironie affectueuse :
"N'écoutez pas ce qu'il dit ! Au début il m'aidait à débarrasser et faire la vaisselle, aujourd'hui il ne ramasse même plus ses chaussettes !
_Ce n'est pas vrai ! protesta-t-il.
_Mais si, c'est exactement ça. Il veut libérer les femmes des autres, mais pas la sienne.
_La libération, ça ne doit pas forcément passer par la perte de ma liberté." (OO.... #lejouroùNinoaperdutoussespoints)

"_C'est une expérience.
_Une expérience de quoi ?
Nous nous trouvions dans son bureau, Tina lui tournait autour et Imma jouait de son côté. Je lui dit :
_Une expérience de recomposition. Tu as réussi à garder toute ta vie ici, pas moi : je me sens faite de morceaux éparpillés."

"Je me dis, comme toujours dans ces cas-là : Maintenant qu'il n'est pas obligé d'être père tous les jours, c'est un excellent père, et même Imma l'adore ! Peut-être que les choses ne peuvent se passer qu'ainsi avec les hommes : il faut vivre un peu avec eux, leur faire des enfants, et puis voilà. S'ils sont superficiels comme Nino, ils s'en vont sans éprouver aucune sorte d'obligation. S'ils sont sérieux comme Pietro, ils ne manqueront à aucun de leurs devoirs, et, à l'occasion, donnent le meilleur d'eux-mêmes. De toute façon, l'époque des fidélités et des longues vies communes est finie, pour les hommes comme pour les femmes."

Note finale
3/5
(cool)

jeudi 8 février 2018

Une fille, au bois dormant, Anne-Sophie Monglon

Le tout dernier des 68 premières fois, édition d'automne, était signé Anne-Sophie Monglon, et me promettait de m'en conter des vertes et des pas mûres...


Libres pensées...

Bérénice, 33 ans, travaille dans une agence de communication. Lorsqu'elle rentre de congé maternité après la naissance de Pierre, elle réalise qu'elle est gentiment mise au placard par son manager qui s'en dit contrit, et réalise la rivalité qui l'oppose à la jeune femme qui l'a remplacée et semble avide de récupérer sa place.
Bérénice réagit avec distance, ne manifeste guère d'émotion devant le spectacle de sa rétrogradation.
Lors d'une formation, elle fait la connaissance de Guillaume, musicien, dont elle se rapproche, et qui lui offre un échappatoire hors de son quotidien qui la dépasse.

L'histoire d'Une fille, au bois dormant, est tristement actuelle, et pourrait même sembler banale. Néanmoins, peu illustrée jusqu'alors dans la littérature, il n'est pas inintéressant de proposer une plongée dans la vie des "femmes modernes", qui tâchent de mener de front une carrière professionnelle ascendante et supposément épanouissante, et une vie de famille stable.

La théorie de la belle au bois dormant m'a néanmoins troublée, dans la mesure où son application à Bérénice ne m'a pas réellement convaincue : on pourrait deviner un baby blues dans ce que traverse Bérénice, cependant son comportement attentiste, détaché, intrigue. Alors qu'elle est victime d'injustices crasses, elle décide de s'en accommoder, non pour se consacrer à sa famille, car on la voit distance face à son fils, mais pour se repaître dans cette étrange léthargie dans laquelle elle s'est coulée peu à peu.

La rencontre avec Guillaume est intéressante, mais à mon sens pas assez percutante, trop anecdotique, pour que l'on y voit un événement décisif. En réalité, j'ai manqué d'empathie envers Bérénice, alors que tout dans sa situation m'interpelle.
Je pense que c'est l'écriture qui ne m'a pas convaincue, et que j'ai ressentie comme un obstacle plutôt que comme le liant, le véhicule de cette histoire à la fois dramatique et commune.

Rendez-vous manqué, donc, avec cette fille au bois dormant, dommage !


Pour vous si...
  • Vous ne voyez de quel problème on vous parle lorsqu'une conversation se porte sur l'inégalité d'accès des femmes aux postes à responsabilité, ou encore sur les discriminations à l'encontre des mères en entreprise
  • Vous êtes persuadé que la musique adoucit les moeurs. 

Morceaux choisis

"Ton sommeil c'est d'abord ça, la tentation d'être ailleurs, l'obsession par moments, à d'autres la dispersion, l'engagement comme un mot abstrait, le voyage dans le passé, le futur, la vague, le refuge dans la forêt. Le monde, une paroi avec peu de prises, les trouver en tâtonnant, s'y accrocher, en espérant qu'elles te feront déboucher sur du plat, des autoroutes, des tapis roulants par lesquels se laisser porter, les émotions atténuées."

"Et te voilà à tenter de lui faire comprendre des codes professionnels que tu ne maîtrises pas : on ne dit pas tout ce qu'on pense aux gens qu'on ne connaît pas, tu t'entends même prononcer ces mots, il faut un minimum jouer le jeu. Et, tandis qu'il ne te répond rien, que ses yeux balaient l'espace devant lui et que son regard s'opacifie, tu passes de la consternation à l'agacement et de l'agacement à une véritable colère, contre lui qui ne joue pas le jeu, contre ta propre impuissance vis-à-vis de lui."


Note finale
2/5
(pas mal)

mercredi 7 février 2018

La mémoire de Babel, Christelle Dabos

Enfin, le voici, le tant attendu, le troisième tôme qui vient clôturer la formidable trilogie de La passe-miroir !! Thorn, finie la compta, nous voici ! 


Libres pensées...

A la fin du deuxième tome, nous avions laissé Thorn et Ophélie en fâcheuse posture, Thorn sur le point d'être exécuté par Farouk, son propre esprit de famille (on ne peut donc compter sur personne), s'était évadé in extremis de sa prison pas lustrée suite à une entrevue peu fructueuse avec Dieu (rien que ça), et Ophélie s'en était retournée chez elle, ignorant ce qu'il était advenu de celui qu'elle venait tout juste d'épouser (elle aurait pourtant pu être plus fringuante, les épousailles en prison ne se terminent habituellement pas pour le mieux, nous diront Grace et Joseph Plunkett). Bref, trois ans plus tard, Ophélie se trouve lasse d'attendre le retour de ce mari auquel elle s'est, il faut bien l'admettre, terriblement attachée, et elle se rend donc sur Babel, aiguillée en cela par son bon ami Archibald, afin de retrouver la trace de son bien-aimé. Mais sur Babel, des épreuves peu reposantes l'attendent, annoncées par des événements mystérieux qui se déroulent peu de temps après son arrivée.

Le troisième opus de la saga est toujours aussi savoureux, mais également, il faut bien l'admettre, un poil déroutant. Comprenez-moi : voilà que l'on m'apprend soudain l'existence d'un endroit jusqu'alors inconnu, Babel, et qu'il s'avère que la majorité de l'intrigue s'y déroule. Cela m'a paru moins évident et logique que ce qui s'était produit dans les précédents tomes, ce pourquoi j'ai peut-être été moins conquise à la lecture de ce livre-ci.

Ne dramatisons pas, l'autrice est talentueuse et sait nous faire miroiter monts et merveilles, affliger toutes sortes de galères à Ophélie, que l'on plaint sincèrement, pour finalement lui apporter la clef aux maux qui la taraudent. En bref, l'intrigue reste bien menée, en dépit d'une accélération un peu essoufflante sur la fin, et l'on se plaît toujours dans l'univers tricoté pour nous par Christelle Dabos.

En fin de compte, cette conclusion se tient, et la qualité du tome est loin d'être médiocre (et pourtant, je ne suis pas franchement fromageophile), de sorte que l'on n'a qu'une hâte en refermant le roman : que Christelle Dabos nous concocte une nouvelle de ses merveilles, et une belle saga de son cru !

Pour vous si...
  • Vous vous demandez ce qu'il a diantre pu advenir de ce grand dadais de Thorn.
  • Vous ne laisseriez pas Ophélie affronter seule ce grand mystère.

Morceaux choisis

"_Sais-tu pourquoi l'orange est un fruit reaaaally important ?
Elle ne s'était pas attendue à cette question-là.
_Euh... Il guérit du scorbut ?"

"_Vous... vous devez me trouver très émotif, Miss Eulalie, dit-il en s'essuyant la bouche d'un geste humilié. La vérité est que j'ai la phobie des chats. Celui-là était... particulièrement gros."

"Saviez-vous que les gauchers étaient autrefois persécutés ? demanda-t-il à brûle-pourpoint. On les appelait les "sinistres" à cause de cette perception qu'ils avaient - que nous avons - de l'univers qui nous entoure ! " (hum... est-ce qu'on ne les appelait pas plutôt "les sinistres", du latin "sinistra", "gauche"?...)

Note finale
3/5
(cool)