mardi 29 décembre 2015

Top Décembre 2015

Nous y sommes!
Avec ce top se clôturent les lectures de 2015, et je ne manquerai pas de vous gratifier, d'ici quelques jours, du top et du flop 2015 (ô joie!).

Voici pour l'instant ce que je retiens de ce dernier mois :

5. Kokoro, Delphine Roux


De la douceur, de la mélancolie, de la douleur étouffée... C'est ce qui me revient à l'esprit lorsque je songe au premier roman de Delphine Roux. Un peu à l'instar du Restaurant de l'amour retrouvé d'Ito Ogawa, Kokoro est un roman de la convalescence, de la reconstruction. 


4. Les échoués, Pascal Manoukian


Encore un premier roman, cette fois-ci proposé par un ancien journaliste qui nous sensibilise à un sujet très actuel, en nous introduisant parmi les clandestins, les immigrés, les réfugiés, ceux qui ont tout quitté et se sont retrouvés sans droit et sans patrie. Un roman qui nous rappelle à notre humanité.


3. La lenteur, Milan Kundera


Même lorsque l'on ne tombe pas sur le meilleur roman de Kundera, sa prose a quelque chose de lancinant, qui s'attarde en nous pendant des jours, alors même que l'on pensait avoir trouvé un livre plus léger que le reste de l'oeuvre. Comme toujours, Kundera nous éveille à nos propres réflexions.


2. La logique de l'amanite, Catherine Dousteyssier-Khoze


Le roman de Catherine (je m'en tiendrai à Catherine, non par manque de respect, mais parce que je galère grave à épeler le nom à chaque fois...) a été le clou des fêtes de fin d'année, la réjouissance la plus truculente. Entre mycologie et hémoglobines, Nikonor va devenir votre nouvelle idole. 

1. La petite femelle et Les brutes, Philippe Jaenada


Sans surprise, ma plus belle découverte est celle de Philippe Jaenada, mon nouvel amour littéraire, le champion incontesté de l'humour livresque, le génie qui a reçu un billet coupe-file pour entrer dans mon panthéon d'auteurs adulés de tous les temps. La petite femelle m'a fait l'effet d'un KO par uppercut, Les brutes a conforté mes espoirs fébriles, je me languis, que dis-je, je me meurs d'attendre mon retour parisien pour aller subtiliser un nouveau volume dans les rayons de ma bibliothèque. Comme on dit, Love at first sight.


Un seul flop ce mois-ci, mais quel flop :

La lettre oubliée, Nina George

Peut-être eut-il été pertinent de préciser la nature du phénomène, plutôt que d'induire les gens en erreur et de se retrouver dans le flop de Décembre...

Je me suis déjà épanchée suffisamment longuement dans ma chronique sur le sujet, je vais donc vous épargner le poids de ma déception et de l'humeur maussade produite par la lecture de la regrettable production de Nina. Je vous ferai simplement part de ma profonde stupéfaction de voir que certains livres trouvent le moyen d'être édités et lus. C'est à cause de ce genre d'erreur que le terme de "livre", en la désignant, se retrouve amoindri.

lundi 28 décembre 2015

La possibilité d'une île, Michel Houellebecq

Je sais, vous allez bientôt me taxer de vouer secrètement à Michel un intérêt non assumé, que dis-je, un béguin hors de contrôle.
Et bien, je résiste à cette calomnie, et le crie haut et fort : rien n'est plus faux (rien, vous entendez, pas même les allégations de Wilhelm II déclarant : "The automobile is only a passing phenomenon - I believe in the horse" - Bien vu Wilhelm, comme dirait ma mamie, en voilà un qui a perdu une occasion de se taire).
Si j'ai entrepris de lire La possibilité d'une île, ce n'est pas par impulsion morbide ou laisser-aller romanesque, non non non, c'est sur les conseils répétés de personnes de confiance et de goût (je vous assure), qui ont eu raison de mes solides freins psychologiques.
Et vous me connaissez, comme je suis de nature généreuse, et bien, je partage.

Le sachet de thé, c'est la caution Noël. 

Le synopsis

La possibilité d'une île relate la vie de Daniel1, humoriste bénéficiant d'un certain succès, qu'il a consignée dans une autobiographie et qui est lue et commentée par ses clones futurs, Daniel24 et Daniel25.

Mon avis

Je referme tout juste le roman, et j'ai un sentiment proche de la ferveur (lol) celui que j'avais éprouvé en terminant précédemment Les particules élémentaires.
Il faut reconnaître que Michel a :
  • une plume (c'est quand même pas le cas de tous les auteurs que l'on peut lire)
  • une certaine ambition : la possibilité d'une île pose les bases d'une vision de la société et de l'humanité (bien que noire et désapprouvée par moi), il y a une volonté d'aller au-delà d'un simple récit romanesque
  • de la fantaisie / un côté SF ou anticipation qui trouve dans ce roman, je pense, son expression la plus aboutie
  • un sens poétique (improbable, mais absolument vrai) (un ami a eu la grandeur d'âme de me faire lire son recueil Renaissance, histoire que j'arrête de pourrir sans savoir - qui est, je le répète, ma spécialité -, et j'ai été étonnamment surprise : certains poèmes étaient, pour certains, tout à fait touchants, voire beaux)
En revanche, et c'est là que le bât blesse sempiternellement, Michel passe à côté des relations humaines, celles qu'il décrit sont tristes à mourir, et, désolée de me répéter encore, mais il n'a rien compris aux femmes - rien de rien de rien. A cet égard, on dirait qu'il n'a appréhendé la gente féminine qu'à travers des films pornos, et qu'il n'a jamais rencontré de représentante de la dite-gente pour sonder les réactions que cela pouvait réellement produire en lui - ou en tout homme. 
La misère sociale et sexuelle décrite peut, je l'entends, être la réalité de certains hommes (et pourquoi pas, à l'inverse, de certaines femmes aussi, ne l'oublions pas). 
Mais à force de peindre des personnages socialement inadaptés, on perd de l'impact qu'il cherchait à produire en conférant à ses théories une portée plus grande que le simple destin individuel d'un protagoniste isolé. 
Il y a bien, dans La possibilité d'une île, la proximité de personnages qui peuplent l'environnement immédiat du protagoniste : Vincent, Patrick, les Marie... Chacun s'inscrit cependant dans sa propre trajectoire individuelle, il m'a semblé que les scènes collectives répondaient plus d'une logique de promiscuité qu'elles n'étaient le produit de liens tissés, de relations d'amitié par exemple. 
Le roman est donc plus intéressant et plus riche, à mon sens, que les autres livres que j'ai pu lire jusqu'à présent de Houellebecq, cependant cette lecture confirme mon peu d'enthousiasme pour la philosophie véhiculée par l'auteur, à laquelle je ne souscris pas en dépit des tentatives répétées de bien saisir sa pensée et les idées qui portent son ambition littéraire. 



Pour vous si...
  • Vous êtes curieux de connaître la vocation de poète de Michel, et de découvrir quelques-uns de ses poèmes
  • Vous n'êtes pas farouchement opposé aux récits d'anticipation un peu austères dans leur finalité

Morceaux choisis

"Les femmes manquent d'humour en général, c'est pourquoi elles considèrent l'humour comme faisant partie des qualités viriles ; les occasions de disposer mon organe dans un des orifices adéquats ne m'ont donc pas manqué, tout au long de ma carrière." (cher Michel, dois-je te révéler que les personnes les plus hilarantes que j'ai rencontrées au cours de mon existence - quoique encore relativement brève - ont été, dans leur écrasante majorité, des femmes?...)

"Le jour du suicide de mon fils, je me suis fait des œufs à la tomate. [...] Je n'avais jamais aimé cet enfant : il était aussi bête que sa mère, et aussi méchant que son père. Sa disparition était loin d'être une catastrophe ; des êtres humains de ce genre, on peut s'en passer." (jajaja)

"Une pâte feuilletée ratée, voilà à  quoi m'avait toujours fait penser le style de Nabokov."

"Si l'homme rit, s'il est le seul, parmi le règne animal, à exhiber cette atroce déformation faciale, c'est également qu'il est le seul, dépassant l'égoïsme de la nature animale, à avoir atteint le stade infernal et suprême de la cruauté."

"Il n'empêche que cette fois j'étais directement concerné, et que cette opposition entre l'érotisme et la tendresse m'apparaissait, avec une parfaite clarté, comme l'une des pires saloperies de notre époque, comme l'une de celles qui signent, sans rémission, l'arrêt de mort d'une civilisation." (j'ai déjà lu ça quelque part... ;) )

"Pendant la première partie de sa vie, on ne se rend compte de son bonheur qu'après l'avoir perdu. Puis vient un âge, un âge second, où l'on sait déjà, au moment où l'on commence à vivre un bonheur, que l'on va, au bout du compte, le perdre."

"Le rêve de tous les hommes c'est de rencontrer des petites salopes innocentes, mais prêtes à toutes les dépravations - ce que sont, à peu près, toutes les adolescentes. Ensuite peu à peu les femmes s'assagissent, condamnant ainsi les hommes à rester éternellement jaloux de leur passé dépravé de petite salope." (La preuve criante que Michel vit dans un mauvais porno des années 80 : dans la vraie vie, ma maigre expérience m'ayant conduite à côtoyer quelques adolescentes et jeunes femmes, montre plutôt le contraire : les adolescentes nourrissent un certain nombre de complexes qui les retiennent dans leurs envies de découvertes - lesquelles impliquent très rarement des hommes de vingt à trente ans plus vieux qu'elles...- , elles connaissent encore mal leur corps qui est en pleine transformation ou en sort à peine, et elles assumeront leurs désirs plus tard, une fois qu'elles auront l'assurance adulte, donc aux alentours et passée la vingtaine, plus certainement vers la trentaine, et non à 15 ans comme en rêve Michel...) (après consultation de la gente féminine diversifiée qui m'entoure physiquement à cet instant, j'obtiens l'unanimité. Sorry Michel).


Note finale
3/5
(cool, si l'on excepte le traitement fait des relations hommes-femmes et de manière générale, tout ce qui concerne les femmes)

samedi 26 décembre 2015

Une dernière danse, Victoria Hislop

Il y a des lectures qui sont consignées aux vacances, au point que l'on n'oserait pas ouvrir un de ces volumes en dehors de ces périodes précieuses circonscrites dans le temps.
En ce qui me concerne, c'est le cas des romans de Lionel Shriver, et, plus récemment, de Victoria Hislop. Je me souviens avoir découvert L'île des oubliés il y a précisément un an, et Le fil des souvenirs l'été dernier, une lecture toute indiquée pour supporter la canicule.
Une dernière danse s'est donc naturellement imposée pour passer en douceur Noël en famille.



Le synopsis

A Grenade, Sonia, jeune anglaise de passage, fait la connaissance de Miguel, un vieil homme tenancier d'un café familial, El Barril. A sa demande, il lui raconte l'histoire de la famille Ramirez, foudroyée dans les années 1930 suite à l'arrivée de Franco au pouvoir, qui va avoir des répercussions terribles sur la ville et leur destin. 

Mon avis

Sans surprise, un Victoria Hislop comme on les connaît.
Une dernière danse nous raconte l'histoire d'une famille, sur fond de guerre civile et de tragédie humaine - tout ce que Victoria adore et brille à raconter.
J'ai été peut-être un peu moins enthousiasmée qu'à la lecture de ses deux prédécesseurs, mais enfin, j'imagine que cela a à voir avec l'effet de surprise qui va s'estompant lorsque l'on réutilise une recette désormais éprouvée.
Comme dans ses autres romans, on retrouve des personnages parfois un peu grotesques, et en tout cas détestables, Victoria n'échappant pas à un certain manichéisme à l'heur de donner corps à ses protagonistes : ainsi le mari de Sonia, James, un bonhomme égoïste et autoritaire dont on se complairait à le voir tomber dans une cuve d'acide bouillant. Mais enfin, le tout est par ailleurs assez rondement mené et l'intrigue avance d'un pas assuré jusqu'à la petite chute finale, mignonne à souhait, sans être complètement attendue.
Le roman est, en fin de compte assez fidèle à l'oeuvre de Miss Hislop, et se lit comme on mange un cookie à 4h : avec une douce sérénité, sans défi, mais sans déplaisir non plus. 


Pour vous si...
  • Vous vous intéressez à la période franquiste en Espagne : Victoria relate les faits historiques à merveille, ça passe crème
  • Vous résistez dignement à la tristesse des histoires d'amour manquées (auquel cas vous avez mon admiration éternelle)

Morceaux choisis

"Quelques semaines seulement avant son quarantième anniversaire, James "revit ses priorités". Il lui fallait quelqu'un pour l'accompagner à l'opéra, aux dîners, pour porter ses enfants. En d'autres termes, il voulait se marier. Elle n'en avait peut-être pas eu conscience pendant des années, mais Sonia avait fini par comprendre qu'elle l'avait gentiment aidé à barrer un élément sur sa liste de choses à faire."

"Grenade était comme une cocotte-minute dont le contenu était sur le point de bouillir."

Mesdames et Messieurs, voici la belle, la mirifique, la légendaire Grenade. 
Attention aux patates bouillantes qui ne demandent qu'à voguer vers de meilleurs horizons.
Certains auteurs ont un sens aiguë des comparaisons.

"Dans les poches de son manteau se trouvaient les seuls biens en sa possession désormais : un sac de lentilles et une demi-miche de pain dans l'une, ses chaussures de danse et la photographie de Javier dans l'autre". (Je vous laisse imaginer la taille des poches... La nana est en fuite et peut caler dans ses poches l'équivalent d'un bagage cabine. Comme pour Oscar Wilde, des variantes intéressantes sur les poches des gens en fuite sont à imaginer : 
"Dans les poches de son manteau se trouvaient les seuls biens en sa possession désormais : son ordinateur, des dinosaurus, deux bouteille de coca et sa table basse"
ou
"Dans les poches de son manteau se trouvaient les seuls biens en sa possession désormais : une orchidée, sa collection de papillons sous verre, un vibromasseur et de la jelly anglaise - le grand retour de la jelly anglaise"
ou 
"Dans les poches de son manteau se trouvaient les seuls biens en sa possession désormais : les cendres de son grand-oncle, son piano à queue, des côtelettes d'agneau et des figurines de super-héros.")

"Etre contraint de bâtir un mémorial à ses ennemis est d'une grande cruauté, déclara Pablo. Et de très mauvais goût."

Note finale
2/5
(pas mal)

vendredi 25 décembre 2015

Baby love, Joyce Maynard

Joyce Maynard est l'une de mes découvertes de 2015, indiscutablement (et tout ça grâce à Nombre Premier <3).
Après Les filles de l'ouragan et Long weekend, Baby love était sur ma pile à lire.
Cela ne s'annonçait pas forcément comme une lecture de vacances, mais après tout, pourquoi pas?
Il n'y a pas de bonne période pour se dire que les bébés, c'est dangereux.



Le synopsis

Dans une ville reculée des Etats-Unis dans les années 1970, plusieurs jeunes filles devenues mères de manière précoce mènent leur vie entre leur enfant, leur conjoint, et l'amitié qui les lient.

Mon avis

Baby love m'a fait moins forte impression que les deux autres romans de Joyce Maynard que j'ai lus il y a quelques mois. Et pour cause : de jeunes mamans partout, avec des bébés encore nourrissant alors qu'elles n'ont pas vingt ans, et des copains qui pètent les plombs et ont tôt fait de prendre leurs distances (aucun jugement là-dedans), je ne sais pas vous, mais pour moi, c'est de l'ordre du traumatisant. Exactement tout ce que mes parents m'ont toujours dit d'éviter (cela dit, le risque était mineur).
Joyce raconte ce quotidien à la perfection, le rapport à l'enfant, au conjoint, les rêves et les illusions, la transformation du corps, le regard que ces jeunes femmes portent sur elles et sur leur avenir...
Ah la la, rien que d'y penser, ça m'angoisse.
Le plus dur est encore de garder une neutralité en lisant, de ne pas faire de projections, de voir parfois le bonheur où il est, car la vie des protagonistes n'en est pas absolument dépourvu, elles ont leurs joies, leurs victoires, et toutes les promesses qu'incarne leur enfant, qui est en lui-même leur accomplissement, la preuve qu'elles sont quelqu'un. Joyce excelle à peindre ces choses qui sont parfois du domaine de l'indicible, un sentiment général qui se détache de la somme des tâches ordinaires, du poids des espoirs des unes et des autres.


Pour vous si...
  • Vous idéalisez la maternité - Joyce remet les pendules à l'heure

Morceaux choisis

"Carla est intéressée par l'allaitement au sein. Est-ce que Sandy a essayé? Pourquoi finalement le biberon? "Mark n'était pas d'accord, explique Sandy. Il dit que mes seins sont sa propriété exclusive." " (Comme quoi, dans les années 70, Woodstock, c'était pas partout...)

"Pendant presque trois ans ils avaient vécu au sommet d'une montagne, au bord du précipice. Et la plupart des gens ne vivent même pas dix minutes de cette qualité-là. Les plus à plaindre d'ailleurs sont ceux qui ont connu brièvement de pareils instants et en ont perdu toute l'intensité. Ils passent ensuite cinquante années à essayer de comprendre ce qui est arrivé, cherchant à les retrouver, pour s'apercevoir au bout du compte qu'ils n'y arriveront jamais."

Note finale
2/5
(pas mal)

jeudi 24 décembre 2015

Petit Piment, Alain Mabanckou

Depuis six mois, j'ai l'impression qu'Alain Mabanckou écume les plateaux télé pour présenter son dernier roman, Petit Piment. Tant et si bien qu'il a fini par réussir à me donner envie de tenter l'aventure.
Je sais, je suis une pauvre femelle vulnérable, la cible idéale pour tous les marketeurs de peu de génie, en somme, un dindon.



Le synopsis
Petit Piment relate l'histoire de Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko, dit Moïse (tu m'étonnes, qu'ils préfèrent dire Moïse), depuis son enfance dans un orphelinat de Pointe-Noire où le despotique Dieudonné Ngoulmoumako règne en maître et où il se lie d'amitié avec le loquace Bonaventure Kokolo, son évasion à l'adolescence avec les jumeaux Tala-Tala et Songi-Songi, et le temps passé auprès de Mama Fiat 500 et ses dix filles, avant qu'un événement terrible ne frappe.

Mon avis

Il fait parfois bon être un dindon!
Petit Piment promet une lecture agréable et dépaysante, des personnages hauts en couleurs, des scènes cocasses, mais aussi une trame de fonds menaçante qui rappelle un contexte singulier.
Il y a de l'humour dans l'écriture d'Alain Mabanckou, et une générosité qui séduit.
Il n'est pas question de se plonger dans la psychologie profonde du protagoniste, ou de détailler son parcours avec le ton du tragique ou de l'affliction. Tout, dans Petit Piment, est empreint d'une énergie vitale qui nourrit l'intrigue, il n'est pas question d'apitoiement ou de complainte, bien au contraire, y compris lorsque les événements les plus durs viennent renverser le quotidien déjà précaire.
On en vient à adopter à son tour ce regard positif, cette vivacité qui tourne vers l'action sans cesse, et c'est aussi rassérénant que truculent. 

Pour vous si...
  • Vous rêvez d'un Oliver Twist congolais : Alain Mabanckou l'a créé pour vous
  • Vous n'êtes pas allergique aux "..." en fin de phrase et à chaque fin de paragraphe (Alain, la suggestion est un art à exploiter avec parcimonie et sans abus :) )
  • Les "noms de scène" des dames de compagnie vous ont toujours laissé songeur (voir ci-dessous pour précisions)

Morceaux choisis

"L'autre homme de la mère de Bonaventure se nommait Mbwa Mabé. Les habitants de Voungou l'appelaient "le titulaire du poste" et il débarquait souvent trois heures plus tard après une longue et épuisante journée de travail comme routier entre la localité de Tchibamba et la frontière de notre pays avec l'Angola. Si on l'avait surnommé "le titulaire du poste", c'était parce qu'il était là bien avant le fonctionne Zacharie Kokolo et qu'on ne le croisait pas souvent à cause de sa profession."

"Je savais déjà depuis bien longtemps que les jumeaux, dans notre pays, naissaient avec des pouvoirs surnaturels. Au moins, me disais-je, ils avaient enfin accompli quelque chose d'utile dans leur existence et la culpabilité d'avoir crevé autrefois l’œil de leur camarade serait moins lourde à porter..." (mouiiii alors j'ai un infime doute sur le fait que le camarade en question verra les choses comme ça.... "Sans rancune, les gars, vous m'avez certes crevé l’œil, mais comme je vois - uhuh, quel jeu de mot spirituel - que vous vous êtes rattrapés en aidant un vieux à pisser normalement - true story-, bah le karma s'est rééquilibré, vous êtes tout pardonnés")

"Je les revois avec leurs sobriquets que Maman Fiat 500 leur avait attribués : Féfé Massika "Derrière assuré", Lucie Lembé "Feu de volcan", Kimpa Lokwa "Caresse magique", Georgette Loubondo "Nutella de cinq heures du matin", Jeanne Lolobo "Biscuit fragile", Léonora Dikamona "Décapsulation immédiate", Colette Wawa "Vénus de Milo", Kathy Mobebisi "Tornade de minuit", Pierrette Songa "Onzième commandement" et Mado Poati "Taille spaghetti"." (*_* Parfois je me demande quel aurait été mon petit nom, si la vie avait tourné autrement...)


Note finale
3/5
(cool)

mercredi 23 décembre 2015

Les loups à leur porte, Jérémy Fel

Les loups sont des animaux qui me fascinent et me révulsent.
Notamment, pour la figure terrifiante qu'ils incarnent dans les contes d'antan, bien sûr. Je me souviens d'avoir vu enfant un film plutôt destiné à des adultes (merci papa d'être une sombre daube en matière de contrôle parental...) où des hommes se transformaient en loups et venaient dévorer une famille dans sa chaumière, dévaster une cérémonie de mariage, se jeter sur une jeune fille endormie dans un château. Raconté comme ça, on pourrait se croire dans une préquelle de Teen Wolf ou Twilight, mais je vous jure qu'à travers mes yeux de 10 ans, ça faisait grave flipper, j'ai eu des cauchemars pendant des années et des années (et même encore maintenant, quand il y a des monstres qui se baladent dans un rêve, c'est soit une colonie de serpents - grosse phobie des serpents over there - ou une meute de loups). 
Bref, quand j'ai vu le titre du premier roman de Jérémy Fel, Les loups à leur porte, j'ai frissonné de tout mon pauvre être, soudain envahie par le malaise lié  au souvenir de la transe nocturne.
C'est comme pour un film d'horreur : je sais que ça va être irréparable, mais sous le coup de l'excitation, je ne peux pas m'empêcher d'y aller, de céder à la tentation, quitte ensuite à ne pas dormir de la nuit en me maudissant d'avoir fait preuve de si peu de vigilance et de perspicacité. 
Allons donc à la rencontre de ces fourbes bestioles.

Je sais, la photo est bidon. Je me suis vautrée et j'ai envoyé le bouquin à la lectrice suivante en oubliant de prendre l'habituel petit cliché. Mea culpa.


Le synopsis
Le récit mêle le parcours de plusieurs protagonistes, sans entrevoir immédiatement le lien qui existe entre les uns et les autres. Pourtant, tout est inextricablement mêlé, et le fil de l'histoire déroule une certaine logique, c'est une chaîne humaine que l'on voit se dessiner à mesure que l'on progresse dans la lecture.
Le roman s'ouvre sur l'incendie de la maison familiale par un jeune ado inquiétant, Daryl.
Puis, on part à la rencontre de Josh, battu par sa mère, et enlevé par Duane qui entreprend de traverser le pays pour aller le confier à son père qui ignore les mauvais traitements dont il fait l'objet. Sur leur route, Duane et Josh font la connaissance de Mary Beth, serveuse, qui les héberge et confie son histoire, celle de son fils Scott dont elle a confié la garde à un couple de voisins avant de disparaître dans la nature, afin de lui épargner la menace d'un père psychopathe prêt à tout pour régner sur les êtres qu'il juge être sa propriété, Walter. De fil en aiguille, la fresque s'agrandit, les personnages se multiplient, on en oublie certains et en retrouve d'autres, à l'instar de Mary Beth, de Kate, prise en stop un soir par un homme, Martin, qui se montre serviable et dont elle ignore qu'il vient d'assassiner sa femme.
Des bouts de vie mêlés, des êtres parfois forts, parfois brisés, portant chacun les fêlures du passé, et les vestiges d'épisodes marquants.

Mon avis

Et bien, figurez-vous qu'à ma plus grande surprise, il n'y a pas de loups là-dedans.
Alors bien sûr il y a, en revanche, des métaphores, et des tas de personnages pas très aimables que l'on pourrait assimiler à des loups. Mais bizarrement, les violeurs / tueurs / psychopathes me répugnent moins que l'idée des loups. Un pan d'éducation à revoir, sans doute.
Le rythme est intelligemment soutenu, le lecteur n'a guère le temps de s'ennuyer dans la peau d'un personnage qu'il en découvre bientôt un autre, et navigue ainsi entre le Kansas et la Bretagne. Certains destins sont terribles, d'autres entrevoient une éclaircie après des épreuves noires, il y a dans le récit de Jérémy Fel quelque chose qui fait que l'on pourrait croire à une compilation de faits divers, avec l'intimité en plus. Car c'est cela que l'auteur nous livre en nous plongeant dans le quotidien et l'environnement de chaque protagoniste, la possibilité de connaître ce qu'il cache, de comprendre ses motifs, sa rage, sa fatigue, sa peur. Chaque protagoniste garde figure humaine, y compris en commettant les actes les plus odieux.
Il n'y a pas de happy ending, de progression linéaire qui tendrait à une résolution pour tous. Certains sont condamnés, d'autres, après avoir conservé l'espoir au tréfonds de leur être, le voient s'amenuiser, s'amenuiser encore, jusqu'à la toute fin. Et pour d'autres, le sort est plus clément.
Le roman de Jérémy Fel est noir, parfois sordide, certaines de ses histoires font mal.
L'ensemble pourtant est terriblement cohérent et captivant.
Ma seule réserve concerne le grand nombre de personnages impliqués, qui complexifie la lecture; j'ai parfois eu du mal à retrouver qui était qui, à les distinguer, à suivre, tout simplement.
Ce point excepté, il s'agit d'un premier roman à mon sens impressionnant.


Pour vous si...
  • Vous êtes fier de dire que vous n'avez pas eu la moindre difficulté à vous repérer parmi les protagonistes de Cent ans de solitude  ou de Guerre et Paix. Comme on dit, plus il y a de fous, plus on rit.
  • Vous ne vous attendez pas vraiment à une histoire de loups.
  • Vous aimez les intrigues qui recèlent de syndromes comme les daddy issues fondées (j'ai bien conscience que ce n'est pas une vraie maladie. Mais ça pourrait).


Note finale
3/5
(cool)

mardi 22 décembre 2015

La lenteur, Milan Kundera

Je suis toujours ravie de songer qu'il me reste à lire des œuvres de certains auteurs adorés. Parce qu'une fois morts, je sais que j'évolue dans un univers où les ressources sont limitées, de sorte qu'il me faut me rationner, gérer les stocks avec parcimonie et tactique.
Je me garde ainsi quelques Hugo et deux ou trois Zola sous le coude pour les jours de disette, les périodes sombres dont je n'ai pas le moindre doute qu'elles finiront par se manifester, et qu'il me faudra alors un remède de cheval pour parvenir à en venir à bout.
Par chance, Kundera n'est pas encore mort. Je m'autorise donc de temps à autre à progresser dans la lecture de ses romans, espérant qu'il continuera encore à publier et à augmenter les ressources que je ne voudrais pas dilapider, faute de visibilité sur son espérance de vie (D'après Wikipédia, Milan a 86 ans. Il ne faut donc pas que j'abuse).
J'ai donc profité de la déprime hivernale pour me permettre de lire La lenteur.



Le synopsis
Le narrateur est Milan lui-même, qui assiste, avec son épouse Véra, dans un colloque d'entomologie organisé dans un château. Alors qu'il surprend des bribes de conversations et les histoires de certains des participants, il les entrecoupe de références au récit de Vivant Denon, un libertin du XVIIIe siècle, dont l'action se déroulait dans le même château : Madame de T. invite un jeune chevalier à la raccompagner chez elle, il fait la connaissance de son époux qui se retire bientôt, et passe une nuit de passion avec Madame de T. Au matin, il croise en partant le Marquis, amant notoire de la dame, et comprend qu'il a joué malgré lui un rôle significatif dans l'idylle entre le Marquis et Madame de T., qui ont conspiré sa venue avant de détourner les soupçons du mari de Madame de T.

Mon avis

Il est vrai que la lenteur surprend un peu, au regard d'autres romans de Kundera : plus court, une langue un peu différente, ce qui vient de ce qu'il a été écrit en français, une tentative alors inédite pour Milan. Mais j'ai pris plaisir, bien sûr, à réfléchir à des sujets variés insérés dans le récit, lui donnant ainsi une profondeur, une universalité, de sorte que l'on peut se raccrocher à ces pans très singuliers de vie pour voir s'y refléter son expérience propre, et tâcher d'apprendre quelque chose de ce que nous rapporte Milan.
Il est question d'amour, de plaisir, de rire qui humilie plus qu'il ne concilie, de danse, et, comme le titre l'annonce, de lenteur : la lenteur qui incruste dans l'histoire, qui témoigne du bonheur, contre la vitesse qui plonge dans l'oubli et dit le mal-être.
Comme chaque roman de Kundera, La lenteur est le thé à la menthe après les réjouissances : un plaisir gourmand, qui se boit sans soif et sans impératif, et sans lequel il est cependant impensable que l'on ait pu passer un bon repas.


Pour vous si...
  • Vous êtes sensible aux digressions philosophiques de Milan, et elles nourrissent toujours admirablement vos réflexions personnelles et intimes
  • Vous avez le moindre intérêt ou la moindre interrogation sur la nature de l'hédonisme, dont certains se réclament à tort et à travers - Milan va clarifier les choses, au moins vous saurez ensuite ce qu'il en est
  • Il vous arrive d'avoir des obsessions anatomiques inexplicables au point d'être hanté par certains mots que vous voudriez voir dans la bouche de vos congénères

    Morceaux choisis

    "Le degré de la lenteur est directement proportionnel à l'intensité de la mémoire; le degré de la vitesse est directement proportionnel à l'intensité de l'oubli."

    "Etre élu est une notion théologique qui veut dire : sans aucun mérite, par un verdict surnaturel, par une volonté libre, sinon capricieuse, de Dieu, on est choisi pour quelque chose d'exceptionnel et d'extraordinaire. [...] Le sentiment d'être élu est présent, par exemple, dans toute relation amoureuse. Car l'amour, par définition, est un cadeau non mérité; être aimé sans mérite, c'est même la preuve d'un vrai amour."

    "Curieux dilemme : la nudité symbolise-t-elle la plus grande valeur parmi les valeurs, ou bien la plus grande immondice qu'on lance comme une bombe d'excréments sur une assemblée d'ennemis?" (J'imagine la scène cocasse : allons, Milan, un peu de compassion pour vos ennemis, remontez votre pantalon!)

    "Je veux encore contempler mon chevalier qui se dirige lentement vers la chaise. Je veux savourer le rythme de ses pas : plus il avance, plus ils ralentissent. Dans cette lenteur, je crois reconnaître une marque de bonheur."


    Note finale
    3/5
    (cool)

    lundi 21 décembre 2015

    Les amants du n'importe quoi, Florian Zeller

    J'ai découvert Zeller il y a quelques mois, à la faveur d'une nouvelle rencontre.
    La fascination du pire m'avait semblé justement fascinant tout en étant un peu glauque, La jouissance m'avait laissé un arrière-goût amer sur le couple et ses espoirs de bonheur; Les amants du n'importe quoi vient en remettre une couche, au cas où j'aurais depuis conçu de nouveau de l'attrait pour cette forme institutionnalisée du vivre-ensemble, celle qui consacre un adulte et semble seule signifier qu'il a déjà réussi l'essentiel. 



    Le synopsis
    Amélie est entrée dans la vie de Tristan comme un voleur, et peu à peu, ils se sont enlisés dans un quotidien qui a élimé les éclats des premiers temps de leur amour : Tristan n'a pu se retenir d'aller voir d'autres femmes pour supporter de ne vivre qu'avec Amélie, et Amélie, pressentant son infidélité, souffre continuellement de maux de ventre atroces et inexplicables, qui la confortent dans sa position de femme faible, et emprisonnent Tristan dans la compassion et l'attendrissement qu'il ressent pour elle, incapable de l'abandonner, puisqu'il doit la protéger. (non non, on ne nage pas du tout dans un stéréotype du couple au XXIe siècle - Ah, c'est même un peu plus vieux, semble-t-il)

    Mon avis

    Pas si bizarrement que ça, le roman porte bien son nom : c'est un peu n'importe quoi, cette histoire d'amour qui prend l'eau. Et pourtant, ça ressemble à pas mal d'histoires d'amour, d'un point de vue extérieur. J'espère que les gens de l'intérieur ne se disent pas aussi cela, sinon je ne comprends vraiment pas pourquoi ils persistent. Enfin, j'ai bien une idée, mais je ne vais pas entreprendre de la développer ici, après on va me taxer de dureté.
    Je pense que le récit de Florian m'aurait intéressée davantage si les rôles ne s'étaient pas retrouvés pris dans des projections un peu traditionnelles et pour cela, "faciles". Si l'homme avait été faible et à protéger, et la femme dotée d'un instinct protecteur, il y aurait déjà eu plus de sel.
    Florian Zeller s'escrime à produire matière à réflexion, et au détour de certaines phrases, il y parvient; cependant, il perd d'emblée en crédibilité, à mon sens, en se contentant d'une configuration un peu "cliché", à laquelle je n'ai pas cru, ou en tout cas, par laquelle j'ai peiné à être captivée.
    Ce point mis de côté, il y a un certain effort à développer les deux protagonistes, et à les rendre ainsi un peu plus denses que s'ils n'existaient que par leur - pathétique - histoire d'amour. Bien entendu, le rapport au père est rapidement brandi pour expliquer la personnalité pas si compliquée d'Amélie, alors que Tristan, s'il ne peut s'empêcher d'aller voir à droite à gauche, bah c'est comme ça, après tout c'est un homme, non?
    Bref, quelques légèretés à mon sens, et c'est très dommage, parce qu'il y a aussi des passages que j'ai appréciés, sur l'obsession à garder ouvertes toutes les potentialités, par exemple, qui est, comme le défend noblement Florian, un trait singulier qui pousse à vouloir tout désirer, au risque de ne rien désirer du tout pour finir.
    Intéressant donc, à condition de ne pas tenir rigueur à l'auteur pour certaines facilités qui ôtent de la substance plus qu'elles ne lui en confèrent.

    Pour vous si...
    • Vous avez lu La jouissance, et que cela ne vous a pas rebuté, au contraire : vous y avez trouvé l'expression des tracas qui vous traversent sempiternellement à l'égard du couple, loin de toute forme de célébration de cette forme de vie contre-nature et vouée à l'échec (et vous êtes aussi un brin pessimiste voire cynique voire nihiliste)
    Morceaux choisis

    "Aujourd'hui, j'ai le sentiment qu'il ne me reste plus que mon passé à vivre". (Et attention, mesdames et messieurs, cette phrase figure sur la première page du livre. Ambiance ambiance, ce qui suit s'annonce être une grosse marrade!)

    "L'amour eût été la délivrance, mais il s'agit là d'une vieillerie incompatible avec le fonctionnement actuel du monde. On a lentement évincé la gratuité de nos vies. Quant à la tendresse dont on se contente généralement, cela ne pouvait suffire. L'attendrissement non plus. L'attendrissement prend la forme de l'amour, alors qu'il n'en est que la caricature. On est attendri par une femme quand on la trouve digne d'être aimée - mais qu'on ne l'aime pas." (On me signale que L'amour souhaite répondre: "Sympa pour la "vieillerie". Je te revaudrai ça, petit con")

    "Un bébé est probablement plus proche de Dieu que n'importe quel homme, fût-il saint. Car il est une pure potentialité : il peut encore tout devenir, puisque rien n'a encore commencé. La modernité, me semble-t-il, est hantée par le fantasme de se maintenir dans cet état de pure possibilité. Je voudrais tout devenir. Ne fermer aucune porte sur l'infini des possibles. Nous en venons à tout désirer, tout et son contraire."


    Note finale
    2/5
    (pas mal)

    dimanche 20 décembre 2015

    Le ruban, Ito Ogawa

    J'ai lu Le ruban parce qu'on ne m'a pas laissé le choix.
    Il ne faut pas croire, je suis quelqu'un de très influençable, et de maladivement poli (sauf en ce qui concerne les places de métro, et d'autres menus détails, vous référer à ma dernière chronique).
    Du coup, quand la bibliothécaire me l'a calé entre les mains avec autorité et sans que je ne l'aie en rien sollicitée, je n'ai pas osé objecter. Et j'ai gentiment déposé le bouquin dans mon cabas déjà chargé.
    Cette lecture aurait donc dû être avant tout une preuve de ma vulnérabilité.
    Mais elle est aussi une preuve de mon insondable bêtise : il a fallu que j'ouvre le dit-bouquin et que je tombe sur une courte notice bibliographique de l'auteur pour réaliser avec un enchantement proche de l'expérience de la grâce, qu'Ito n'est autre que l'auteur du mirifique Restaurant de l'amour retrouvé, qui a été une de mes trouvailles l'an passé, et qui m'a valu quelques heures de douceur pelucheuse. 
    C'est donc revigorée et enthousiaste que j'ai, pour finir, entamé la lecture du Ruban.



    Le synopsis

    Ruban, c'est un oiseau recueilli par Sumire avec l'aide de la petite Hibari, qu'elles soignent et élèvent avec amour. Mais un jour, Ruban s'envole, et découvre sur son chemin d'autres êtres humains aux parcours cabossés, et au quotidien fait de petites joies, de petits malheurs, et de grands aussi quelquefois.

    Mon avis

    Le ruban est un récit doux et sensible, où l'on retrouve la qualité de la prose asiatique incarnée par Kawakami ou Kawabata. L'auteur décrit des choses simples de la vie quotidienne, qui est toujours l'entrée en matière pour faire connaissance avec les protagonistes, avant de les percer à jour, petit à petit, en découvrant les secrets enfouis derrière leur réserve, dans leur dignité.
    J'ai cependant préféré Le restaurant de l'amour retrouvé, qui mêlait avec plus de délicatesse encore les sentiments de déception, de trahison, et de reconstruction, la restauration de la confiance et de l'espoir. Il y a certaines de ces choses aussi dans Le ruban, mais si l'idée est intéressante d'histoires qui se succèdent à mesure que l'on suit l'oiseau et les rencontres qu'il fait, il m'a semblé dommage de perdre un peu de vue les personnages initiaux, et de ne les retrouver qu'à la fin.
    Un roman agréable donc, mais qui n'égale pas, à mon sens, l'oeuvre précédente d'Ito Ogawa.


    Pour vous si...
    • Vous avez manqué votre vraie passion dans la vie : l'ornithologie
    • Vous êtes intimement persuadé que les animaux relient les gens entre eux et font office de médiateurs (lol)
      Morceaux choisis

      "Son comportement avait complètement changé. Sa huppe se dressait et s'abaissait successivement, preuve qu'il hésitait. La banane l'intéressait, mais il avait peur, il était déchiré." (j'ai le même sentiment lorsqu'un client me propose une tranche de panettone : acte de bonté désintéressé? fourberie? appât pour mieux m'occire? C'est terrible, la défiance)

      "C'est ça, vivre seule, pour une femme. Quand on n'arrive pas à dévisser le couvercle d'un pot, on n'a pas le choix, il faut bien se débrouiller toute seule pour l'ouvrir." (ou, dans mon cas, ne plus acheter ce genre de pot. Adieu confitures.)

      "Ce jour-là, pour la première fois, j'ai vu une de ses œuvres en vrai. L'émotion ressentie à cet instant, devant la peinture, a été indicible.
      Dès que j'ai posé les yeux dessus, mon cœur en a été transpercé. Aspirée dans son univers pictural comme par une ventouse, je ne pouvais plus en détourner le regard.
      Ce que maître Kogure avait dessiné, c'était un oignon."
      (AH AH AHAHAH!! Ah l'humour précieux des japonais... :D)


      Note finale
      2/5
      (pas mal)

      samedi 19 décembre 2015

      Les brutes, Philippe Jaenada

      Pour ceux qui auraient manqué ce billet, Philippe Jaenada est ma dernière marotte, celle qui aura illuminé ma fin d'année 2015, relativement morose par ailleurs, rapport à l'ambiance parisienne désastreuse dont vous, rusés lecteurs, aurez identifié les causes évidentes.
      Mon exploration se poursuit avec un petit roman tout prometteur, Les brutes.



      Le synopsis
      Le protagoniste, habilement nommé Philippe Jaenada pour brouiller les pistes, redoute dans sa vie trois épreuves capitales : le catéchisme, le service militaire, et le mariage. Après nous détailler dans les premières pages comment il a brillamment fait face à la première et à la dernière d'entre elles, il entreprend de relater la façon héroïque dont il s'est confronté à son service militaire.

      Mon avis

      Je ne vous raconte pas quel a été mon plaisir en retrouvant la verve adorée de Philippe.
      Même sur un court récit, il ne démérite pas, et n'a aucun scrupule à démonter toute la mythologie du mariage, celle de la religion, et celle de l'armée.
      En ce qui me concerne, partageant peu ou proue l'ensemble de ses points de vue, pas de problème de divergence d'opinion qui entraverait la joie de la lecture, qui, partant, a été absolue.
      Philippe Jaenada a un sens des mots et un sens des images qui rend vivace et jubilatoire tout ce qu'il écrit, dirait-on. A ce stade, il est sans doute exagéré de ma part de conclure à une telle généralité, mais vous me connaissez, je suis une fille du sud, et qui dit sud dit exagération et annihilation de toute forme de mesure et de réserve (mais pas de cliché, obviously - ouh, on dirait que Catherine Dousteyssier-Khoze déteint sur moi!!).
      Cela ne m'empêchera pas de poursuivre avec enthousiasme et frénésie ma découverte de l'oeuvre de Philippe (rien, d'ailleurs, ne pourra m'en empêcher - il faudra me passer sur le corps!! Ce qui ne serait d'ailleurs pas une désagréable idée en soi).
      En bref, si vous avez envie de vous divertir en lisant l'histoire d'un jeune homme qui décide de faire acte de résistance en refusant d'accomplir son service militaire, et en établissant pour cela une stratégie par à-coups, un récit empreint de dérision et de second degré, accordez-vous un moment de répit et lisez Les brutes. 85 pages de réjouissance, et, en plus, y'a des dessins.


      Pour vous si...
      • Les extraits ci-dessous vous arrachent des spasmes de rire (ou, à défaut, un léger sourire - c'est déjà une bonne disposition)
      • Vous cherchez vous aussi la meilleure manière de vous tirer d'un faux pas, d'un piège ou toute sorte de traquenard que la vie vous tend sournoisement (une vieille dame ou une femme enceinte qui vous demande de lui laisser la place assise que vous couvez jalousement telle une cane ses canetons // votre client qui vous demande de venir assister à une réunion à Montigny le Bretonneux lundi prochain à 8h30 // la pancarte du macdo qui dit que les bornes automatiques sont hors service)
      • Il vous semble invraisemblable que des générations de gens se soient soumis à quelque chose comme le service militaire pendant UNE ANNEE ENTIERE de leur vie. Franchement, c'est incroyable. 

        Morceaux choisis

        "Quand on ne veut pas faire une chose, la méthode la plus sûre pour éviter d'avoir à la faire, c'est de ne pas la faire, évidemment. Ça paraît tout bête, et ce n'est pas qu'une apparence, mais c'est la méthode la plus sûre, de loin."

        "Bien que parfaite en théorie, la parade "de la tortue qui pense à du saucisson" venait de me mener en quelques secondes à l'endroit exact où je n'avais pas envie d'aller. C'est que, dans la théorie, j'avais oublié d'inclure le soldat bourru qui prend la tortue et la pose ailleurs. [...] La tortue, c'est trop mou. C'est bien, ça ne se laisse atteindre par rien, c'est dans sa bulle, mais du coup ça s'en fout de faire son service militaire, c'est trop mou. Moi je ne m'en fous pas. Je suis, il faut que je me le tienne pour dit, je suis le mouton enragé. C'est mieux. Le puissant mouton enragé."

        "Je suis un asocial qui ne supporte pas la promiscuité, ce n'est pas de ma faute, j'ai été élevé dans les bois par des écureuils et la présence d'êtres humains me rend fou d'anxiété." (<3 <3 <3 mon âme sœur, je vous dis!)

        "Le 15 janvier, jour J (comme joie, jeunesse, jubiler, java, jambon), j'ai repris le train pour Blois."

        "Si jusqu'à maintenant je ne me suis pas fait attraper, c'est grâce à la stratégie ingénieuse que les Trois Jours m'ont permis d'expérimenter :
        1. Refuser de se laisser faire
        2. Rester calme
        3. Avoir une arme
        (Je suis un grand stratège, un génie du combat, un pionnier de l'affrontement)."


        Note finale
        3/5
        (cool)

        vendredi 18 décembre 2015

        La logique de l'amanite, Catherine Dousteyssier-Khoze

        De nouveau, un premier roman.
        Mais attention, sous ses airs anodins, La logique de l'amanite n'est pas n'importe quel roman.
        C'est un livre qui parle de forêts et de champignons. Juste pour ça, je ne pouvais pas le manquer.



        Le synopsis
        Nikonor a grandi avec ses parents et sa soeur jumelle Anastasie dans le chateau familial de la Charlanne, en Corrèze, tout près de la Dordogne et au coeur d'une forêt de première qualité. Vouant une passion démesurée depuis l'enfance à la mycologie (avec une préférence marquée pour le cèpe qui n'est pas loin de s'ériger en culte), il entretient une haine farouche à l'égard de sa jumelle qu'il juge en tout point décevante et médiocre, et se méfie d'elle comme de la peste. Mais ce n'est pas là le seul secret de Nikonor, descendant de l'aristocratie anglaise, et autour duquel les morts suspectes semblent s'amonceller...

        Mon avis

        Réjouissant!!!
        Vif, insolite, et jubilatoire, La logique de l'amanite est pour moi une grande réussite.
        D'abord, le style : une écriture bondissante, de l'humour noir absolument délectable et mordant, des bouts de phrase en anglais qui donnent un ton décalé, on savoure la lecture sans mesure.
        Nikonor est par ailleurs un protagoniste à la hauteur, haut en couleur et aussi détestable qu'attachant, tant il incarne avec brio un personnage improbable, sorte de dandy anglais parachuté dans la campagne corrézienne, et qui ne vit que pour le cèpe (sans pour autant en apprécier le goût, notez le paradoxe).
        Les cent premières pages m'ont fait trépigner sur mon siège de métro (parce que même si je prends le métro aux heures de pointe, et bien oui, j'ai toujours un siège : des années d'entraînement strict à l'incivilité crasse, voilà ce que le confort coûte), mais je dois, par souci d'honnêteté intellectuelle, faire état d'un léger étiolement de mon intérêt sur la deuxième moitié du livre, car une fois que l'on découvre les activités auxquelles s'adonne Nikonor pour subsister, le récit prend un nouveau tournant, et verse à mon sens dans un registre un peu différent de ce que promettent les débuts.
        Il y a dans le roman des pages d'anthologie sur la mycologie (anciennement mycétologie) qui n'ont rien à envier à certains passages de Flaubert, par exemple dans Bouvard et Pécuchet, où les protagonistes se passionnent pour des sujets tout à fait improbables (le roman de Catherine est d'ailleurs infiniment plus abordable).
        Amoureux des champignons, sortez de vos tannières, montrez-vous, osez dévoiler haut et fort toutes les émotions que vous inspire une belle amanite, c'est votre moment de gloire!
        Et comme dit la chanson : Champignon, champignon, champignon, mangez-moi!
        (Mais si c'est Nikonor qui cuisine, méfiez-vous un poil)


        Pour vous si...
        • Vous êtes de près ou de loin sensible à la mycologie : alors là, foncez, ce livre-là, c'est le vôtre, il est pour vous!!!
        • Les histoires de retranchement dans le fin fond de la France ne vous effraient pas
        • La touche anglaise est pour vous l'élégance suprême, the icing on the cake

        Morceaux choisis

        "Mon père vouait une adoration touchante à ma mère qui n'avait qu'une concurrente, mais de taille : la mycologie."


        "Moi, bien qu'indubitablement marqué par la mycomania paternelle, j'étais en quête du cèpe, champignon infiniment supérieur à toutes les espèces communément trouvées, le seul à être entièrement satisfaisant. [...] Les poètes préférant s'épancher mièvrement depuis l'Antiquité sur les fleurs, les femmes et les oiseaux sont des ânes bâtés, de sombres brutes souffrant d'une atrophie aiguë de la glande esthétique."


        "Mon père accordait visiblement peu d'importance au cèpe, sans doute trop commun pour constituer à ses yeux un objet digne d'attention. Fort heureusement, le snobisme mycologique paternel n'eut aucune prise sur moi; avec l'indépendance d'esprit qui me caractérise, j'avais d'ores et déjà décidé que le cèpe était the one."

        "Mais qu'est-ce que le bonheur? [...] Je rejette d'emblée toute définition qui s'encombre d'un carcan moral ou éthique (yes, you, Spinoza and Kant)". (je n'ai pas de mot pour décrire l'euphorie d'hilarité dans laquelle me plonge l'apostrophe des vieux maîtres dont les pauvres os sont poussière)

        Note finale
        4/5
        (excellent)

        jeudi 17 décembre 2015

        Orfeo, Richard Powers

        De nouveau, cette lecture est le fruit d'une impulsion subite à la bibliothèque. Je me souvenais vaguement d'avoir vu le titre, Orfeo, se balader parmi les livres de la rentrée de septembre, sans trop me rappeler toutefois des commentaires de ses premiers lecteurs. Qu'à cela ne tienne, je me suis jetée dans l'aventure sans lampe frontale ni garde-fou.






        Le synopsis
        Le protagoniste, Peter Els, est passionné (voire obsédé...) par la musique et la chimie. Dans sa vie, ces deux champs s'entrecroisent, et se déclinent dans chaque aspect de son quotidien. Lorsque, parvenu à un âge avancé, sa vieille chienne Fidelio passe l'arme à gauche (j'espère que vous appréciez l'emploi de l'expression pour un chien, et que vous visualisez la scène), cela déclenche une série d'événements qui vont bouleverser les activités de Peter et l'obliger à prendre la fuite.


        Mon avis

        La lecture d'Orfeo est toute une expérience. Tout d'abord, plus de la moitié du texte est constituée des pensées des protagonistes, inscrites en italique, ce qui rend parfois la compréhension ardue, d'autant plus que le vocabulaire, toujours relatif au domaine musical, est sophistiqué, goûtu.
        Le protagoniste demeure pour moi un mystère, un homme étrange, presque névrosé, un génie quasiment autiste, mal disposé aux relations humaines, ou en tout cas un homme qui nourrit des relations singulières avec ses pairs, avec les femmes, avec sa fille.
        Le récit est riche, dense, parfois un peu écrasant sans doute. C'est un roman ambitieux, voilà qui est certain, et l'on peut, par inadvertance, perdre le fil sans même y prendre garde.
        J'ai aimé plonger dans un univers où tout est musique, ou tout se traduit en langage, en équivalences musicales, cependant je dois aussi reconnaître que certains passages digressifs ont manqué de me perdre en chemin, et le lien avec le personnage principal s'établit difficilement, du fait, sans aucun doute, de ses particularités. Intéressant donc, mais pas forcément très accessible.




        Pour vous si...
        • Vous avez des tendances synesthésiques
        • Vous rapportez tout le temps tout à la musique, et pour votre entourage, vous êtes une plaie
        • Vous êtes capable d'apprécier les livres un peu particuliers qui ne ressemblent véritablement à aucun autre (sortes d'objets littéraires non identifiés)
        Morceaux choisis

        "Comment va ta mère? demanda-t-il.
        Elle a une page Facebook, papa. Tu peux l'espionner là-dessus." (Richard appelle un chat un chat, et ne nous voilons pas la face, Facebook est bien avant tout un outil d'espionnage)

        "Sa femme était encore si présente dans ses habitudes qu'il peinait à croire qu'ils vivaient séparés depuis quatre fois plus longtemps qu'ils n'avaient été ensemble."

        "Quelque chose monta en lui, à travers la fatigue : le mouvement perpétuel et spiralé du finale de Bartók. Il était rempli de fierté pour cette remarquable jeune femme, sa seule composition parfaite, même s'il ne pouvait guère s'attribuer le mérite de l'oeuvre achevée." (coeur avec les doigts <3 Mon paternel aussi a une seule composition parfaite : sa cave à vin)

        "Les paroles sinuent comme une rivière languissante. Mais bientôt, un tourbillon d'harmonies instables pousse ce bruissement vers de plus vastes contrées. Cette musique, vieille de six ans, pourrait en avoir cent. Elle est infusée de Mahler dans son humeur la plus sereine. Les rares dissonances qu'elle tolère sont diaprées et éphémères, comme si les terreurs mises au point par le siècle passé ne changeaient rien et que même à présent, même en cette année, notre berceau pût encore être intact et plus proche qu'on ne le croit." (true story, le roman est principalement fait de palabres de cet acabit)


        Note finale
        2/5
        (pas mal, mais chelou quand même)

        mardi 15 décembre 2015

        Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, Gyles Brandreth

        Il y a de cela quelques mois, un ami d'ami m'a recommandé les livres de Gyles Brandreth, sortes de thrillers dont le protagoniste n'est autre que le très controversé et très génial Oscar Wilde, à la fin du XIXe siècle. J'ai lu beaucoup de thrillers / romans noirs plus jeune, il m'est donc un peu nostalgique de m'y replonger, mais l'approche des fêtes rendait cette initiative propice (rien de mieux à Noël qu'un petit Agatha Christie, non?).
        Immersion dans le Londres des dandys et de Jack l’Éventreur (la concomitance des deux a quelque chose d'émouvant).

        Oscar Wilde ou la grande morale victorienne : méfiez-vous des femelles tout autant que des pédérastes

        Le synopsis

        Peu avant d'écrire son chef d'oeuvre, Le portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde découvre le corps d'un jeune homme égorgé dans un meublé. Épaulé de son ami Robert (le narrateur, il en faut bien un), il décide de tout mettre en oeuvre pour découvrir la vérité, et le meurtrier de Billy Wood (ouhhh un zeugme <3). 

        Mon avis

        L'atmosphère m'a prise dès la lecture des premières pages, pour me transporter dans le Londres de la fin du XIXe. On retrouve avec plaisir les dandys, les cochers, les grandes dames et leur toilette apprêtée, les manières de la haute société et la pauvreté des bas-fonds, les cercles secrets, Oscar Wilde et Arthur Conan Doyle, Marie Aguétant...
        Le récit n'est pas sans rappeler les aventures de Sherlock Holmes, le style est proche, les phrases spirituelles prêtées à Wilde parsèment l'intrigue, l'enquête en soi est assez rondement menée, sans proposer la chute du siècle non plus, mais le tout est bien ficelé, et des touches d'humour anglais sont distillées au long des pages, pour le plaisir du lecteur.
        L'illusion est complète!

        Pour vous si...
        • Vous êtes fan de Sherlock Holmes, et ne détestez pas Hercule Poirot
        • Vous aimez beaucoup l'atmosphère victorienne qui règne dans ces romans
        • Et vous vous gaussez du dandysme anglais, qui est selon vous l'expression suprême de la coolitude sur terre
        Morceaux choisis

        "_Où étiez-vous passé?
        _A la recherche des ingrédients essentiels de l'existence : de l'air frais et des cigarettes."
        (cette réplique est déclinable à loisir :
        _Où étiez-vous passé?
        _A la recherche des ingrédients essentiels de l'existence : ma bite et mon couteau
        ou
        _A la recherche des ingrédients essentiels de l'existence : des gnocchis et de la jelly anglaise
        ou
        _A la recherche des ingrédients essentiels de l'existence : mes RTT et mon bonus de fin d'année)

        "Il serait juste de dire que pendant les années où Oscar et moi fûmes les plus proches, mon journal est autant un récit de son existence que de la mienne. Ce qui n'a rien de surprenant : sa vie était infiniment plus palpitante." (je ne crois pas avoir déjà lu quelque chose d'aussi triste)

        "_Le malheureux. Comme il aimait ce garçon... Quand il n'est pas payé de retour, l'amour d'un vieil homme a quelque chose de pathétique. Puissions-nous être épargnés!"


        Note finale
        3/5
        (cool)

        lundi 14 décembre 2015

        Longues distances, Jhumpa Lahiri

        Le grand retour des lectures aléatoires, il en faut bien de temps en temps pour se rappeler que le hasard existe, et qu'il peut mener à loisir à des déconvenues comme à de belles surprises.
        C'est sans doute mon côté ô combien téméraire qui parle : choisir un livre les yeux fermés, c'est un peu ma roulette russe à moi.



        Le synopsis

        Le roman relate le parcours de Subhash et de son jeune frère Udayan, élevés en Inde et brillants chacun à leur manière, liés par un indéfectible lien, jusqu'à la disparition précoce d'Udayan du fait de son engagement dans le mouvement naxalite, tandis que son frère à émigré aux Etats-Unis pour poursuivre ses études.
        A sa mort, Udayan laisse derrière lui une jeune épouse, Gauri, qui porte son enfant. 

        Mon avis

        Ce roman illustre à merveille le succès improbable que peut remporter un choix à l'aveugle!
        J'ai pensé, en lisant Longues distances, aux romans d'Amitav Ghosh, ces livres-fleuves où l'on suit le destin de plusieurs générations, le parcours de nombreux protagonistes. Ce roman-ci ne traite toutefois que du destin de deux frères, et si l'on a connaissance de celui de leur descendante, ils demeurent toujours centraux dans l'intrigue. Ce qui fait figure de nœud initial, le sort d'Udayan, trouve des échos multiples tout au long du récit, et la réalité ne se dévoile que graduellement, il faut attendre les dernières pages pour avoir une vision complète de ce qui a été déterminant dans la vie de tous ceux qu'on a vu évoluer pendant les décennies suivantes.
        J'ai apprécié la fluidité du style, relativement simple, servant parfois l'expression de sentiments et de réflexions complexes : les relations entre Bela et Gauri, entre Subhash et Bela, et même entre Subhash et Gauri, sont profondes et paradoxales. L'auteur ne verse pas dans les lieux communs ou une approche bien-pensante en rétablissant des relations bienveillantes dénuées de toute forme de rancœur, c'est là que le récit puise sa force à mon sens.
        Le mouvement naxalite m'était par ailleurs parfaitement inconnu, il était intéressant de se plonger dans l'idéologie défendue, ne serait-ce que dans ses grandes lignes.
        Une agréable surprise!


        Pour vous si...
        • Vous êtes un inconditionnel des romans-fleuves qui détaillent la vie d'un ou plusieurs protagonistes, et non une tranche de vie ridiculement courte
        • L'émergence du mouvement naxalite en Inde compte parmi vos passions les plus franches (auquel cas, merci de vous manifester, il est toujours intéressant de savoir que de tels spécimens existent)
        • Vous êtes en faveur de la désignation, au sein de chaque famille, d'une âme charitable qui se vouera à porter secours aux ayant-droits de ses frères et sœurs en renonçant à toute velléité d'accomplissement personnel. On peut appeler ça un camion-poubelle aussi. 
        Morceaux choisis

        "A quatre ans, Bela se construisait une mémoire. Le mot "hier" entra dans son vocabulaire, bien que sa signification fût élastique, synonyme de tout ce qui n'était plus existant. Le passé s'écrasait, sans ordre, contenu dans ce seul vocable. [...] Le hier de Bela était le réceptacle de tout ce que son esprit emmagasinait. Toute expérience ou impression, survenue avant. Sa mémoire était courte, son contenu limité. Dépourvue de chronologie, réorganisée au hasard."

        "Ce n'était pas si différent de la façon dont son rôle, sur bien des plans, avait évolué par le passé. D'épouse à veuve, de belle-sœur à épouse, de mère à femme sans enfant. A l'exception de son veuvage, c'était elle qui avait délibérément choisi de franchir ces étapes.
        Elle avait épousé Subhash, elle avait abandonné Bela. Elle avait engendré des avatars d'elle-même, et elle avait payé ces conversions volontaires au prix fort. Elle avait construit sa vie en la dépouillant, pour finir seule."

        "Sur la cime d'un arbre du jardin, un groupe d'oiseaux, petits, noirs et bruyants, voletait avec frénésie. Ils cherchaient, dans la froideur hivernale, toute la nourriture que l'arbre pouvait encore leur fournir. Il y avait une sorte de fureur déterminée dans leurs mouvements. Un acte de survie qui, soudain, le choquait."


        Note finale
        3/5
        (cool)

        dimanche 13 décembre 2015

        L'Homme qui tua son désir, Sadegh Hedayat

        Sadegh Hedayat est arrivé dans mon caddie (on se croirait sur adopteunmec) grâce à Mathias Enard, et l'érudition dont il a pavé les pages du dernier Goncourt.
        A défaut d'avoir pu trouver La chouette aveugle, son chef d'oeuvre visiblement, je me suis reportée sur un recueil de nouvelles au titre tendrement prometteur : L'Homme qui tua son désir.



        Le synopsis

        Un florilège de nouvelles sur toutes sortes de thèmes : la rancœur d'un frère envers sa sœur, un homme qui cherche à détruire en lui toute forme de désir et de s'affranchir de cette passion, deux épouses s'entre-déchirant à la mort de leur époux commun avant qu'il ne sorte de la tombe, les souvenirs d'une idylle d'un prisonnier en Russie...

        Mon avis

        Une belle découverte!
        La prose d'Hedayat m'a immédiatement happée et transportée au loin, dans le temps, dans l'espace aussi.
        Certaines nouvelles sont parfois très courtes, mais elles m'ont véritablement donné un avant-goût savoureux de cet écrivain au point de souhaiter ardemment me plonger plus ardemment dans son oeuvre.
        Les personnages présentés sont souvent singuliers et complexes, aux prises avec leur environnement social et ses stigmates, certaines scènes sont terribles, cruelles, d'autres drolatiques, la gamme des émotions provoquées est variée et riche.
        Il va donc être grand temps de me procurer La chouette aveugle pour vous en dire plus sur Sadegh et ses romans.


        Pour vous si...
        • Depuis que vous avez lu Boussole, Hedayat fait partie de ces auteurs que vous vous sentez coupable de ne pas connaître.
        • Vous aimez le format court des nouvelles, et l'exotisme d'un pays oriental. 
        Morceaux choisis

        "Soudain son visage changea d'expression. On eût dit qu'il caracolait dans un monde inconnu et magique, fuyant la misère de son existence. Peut-être en cet instant avait-il atteint la vraie vie. Il s'imaginait jouer pour son double, pour l'ombre de son amie d'autrefois, pour quelqu'un qui le comprenait, que son art enfin avait réussi à attirer."


        Note finale
        3/5
        (cool)

        samedi 12 décembre 2015

        La cache, Christophe Boltanski

        Retour dans les nouveautés 2015, et le roman récompensé par le prix Fémina : La cache, de Christophe Boltanski. 



        Le synopsis

        Christophe nous raconte l'histoire de sa famille, en partant de la description de l'appartement qu'elle a habité depuis des décennies, rue de Grenelle, dans le 7e arrondissement de Paris. 

        Mon avis

        A première vue, et pendant quelques dizaines de pages, j'ai eu le sentiment de retrouver une recette proche de celle utilisée par Laurent Carpentier dans Les bannis, où l'auteur relate également l'histoire de sa famille. Mais voilà, nous ne sommes pas égaux en passif familial, et l'histoire de Christophe m'a paru plus captivante que celle de Laurent...
        L'idée de partir de l'appartement fonctionne assez bien, on s'attache au lieu, le passé y est imprégné, si bien que l'on visualise bientôt les différentes figures familières qui hantent le récit de Christophe déambuler dans les pièces chargées d'histoire.
        La période de la dernière guerre est centrale, et l'auteur construit habilement sa trame de sorte que l'on est impatient d'y parvenir, et de savoir quelles ont été les conditions de la survie.
        Il s'agit donc d'un roman intéressant et bien écrit, qui m'a offert un bon moment de lecture... mais dont je ne garderai peut-être pas un souvenir impérissable non plus. 

        Pour vous si...
        • Les bannis ou tout autre récit de type "mémoires familiales" vous font passer un bon moment
        • Vous n'êtes pas allergique aux récits relatifs à la deuxième guerre mondiale (il faut quand même le préciser, parce que vu le nombre de romans qui parlent de la période, une overdose serait compréhensible - comme pour tout autre sujet, d'ailleurs).
        Morceaux choisis

        "Autrefois, une propriété se distinguait par le nombre et la qualité de ses serrures. [...] L'opulence, la respectabilité d'un lieu se mesuraient au cliquetis de son trousseau. On ne possédait que ce que l'on pouvait verrouiller, cadenasser, obturer, cacher."


        Note finale
        3/5
        (cool)