mercredi 2 décembre 2015

Kokoro, Delphine Roux

Attention, repliez-vous, je répète, repliez-vous, voici le retour (subreptice, à première vue) du cycle asiatique que j'ai traversé en début d'année.
Et oui, comme beaucoup d'autres lecteurs, je fonctionne avec des "phases" (toujours mieux que des phasmes, me direz-vous) (quoique, c'est fascinant les phasmes), et 2015 a été l'année de l'Asie, ce qui a donné lieu à un top que je vous encourage vivement à consulter, pour pouvoir le compléter en m'adressant vos commentaires.
Bref, Kokoro, premier roman de Delphine Roux, un thème surprenant puisque très japonisant, et une couverture digne des romans de Ryu Murakami (celui-ci par exemple).
Court, au demeurant, 115 pages.
De quoi rendre exotique un samedi matin.



Le synopsis

Koichi raconte comment sa soeur Seki et lui sont devenus orphelins, lorsqu'ils étaient adolescents.
Et comment, de si liés qu'ils étaient, l'épreuve les a éloignés. Des années plus tard, Seki mène la vie d'une jeune femme moderne et lisse, apprêtée, mariée, mère de deux petites filles que Koichi n'a vues qu'à la maternité, distante. Le quotidien de Koichi ne ressemble en rien à celui de sa sœur.
Il nous en décrit les détails infimes, entremêlés de souvenirs, à la manière des romans japonais où tant de choses sont dites à travers ce qui n'est visiblement qu'une ribambelle de gestes et de pensées ponctuelles. 

Mon avis

Ceux qui ont lu quelques autres de mes chroniques ont déjà dû tomber nez-à-nez avec ce trait qui me caractérise : je conçois la méfiance la plus circonspecte à l'égard des romans ancrés dans un territoire et une culture différents de ceux de l'auteur. J'ai ainsi allègrement pourri Les Evaporés de Thomas Reverdy, ou plus récemment le Discours d'un arbre sur la fragilité des hommes d'Olivier Bleys.
Il va donc sans dire que ce scepticisme ancré m'animait lorsque j'ai ouvert Kokoro.
L'auteur a su faire fondre ces préjugés défavorables, au moyen d'une prose ornée de curiosités et de petites merveilles du langage, et d'un style approchant avec talent celui d'auteurs japonais que j'avais pu lire par ailleurs. L'illusion, à vrai dire, est totale.
La solitude des deux protagonistes est délicatement cernée, et a la précision des peintures sur porcelaine. Dans Kokoro, pas de lamentations, pas de plainte, pas de cri. Tout est intérieur, étouffé, retenu. Les tourments de l'âme humaine déclinés en actes simples de tous les jours, en réminiscences, en couleurs et en fleurs.
J'ai aimé ce petit livre sensible et tendre, qui m'a fait pensé à une infusion sucrée par un après-midi d'hiver. 


Pour vous si...
  • Vous raffolez du charme si particulier que l'on trouve dans les romans d'Hiromi Kawakami
  • Vous préférez à l'emphase lyrique des romans européens la douceur et la simplicité (qui n'est qu'apparente) des japonais
Morceaux choisis

"La voiture de Seki doit sentir la Vanille des îles, peut-être la Fraîchuer yuzu. Comme sa maison, sa vie entière."

"Quand j'étais petit, je courais sans cesse après le temps, rien ne semblait m'épuiser. Papa, attendri, m'appelait vif-argent. J'avais toujours un désir, une envie sur le feu, des yeux qui disaient et si on essayait de."

"Dernièrement, j'ai été titularisé. La sécurité de l'emploi.
Cette sécurité-là."

"Une dizaine de minutes : le temps nécessaire et suffisant pour engloutir trois KitKat au wasabi." (Whaaaaaaaaat is that??????????)

Note finale
3/5
(cool)

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